MAIRIE
19, avenue de l'Union
16710 SAINT-YRIEIX
Tél. : 05 45 38 69 50
Fax : 05 45 38 13 15
Contactez-nous

La poudrerie

482a_DSCN0006.JPG

Créée le 22 septembre 1819 par ordonnance royale (Louis XVIII), en remplacement de la poudrerie de Saint-Jean d’Angély, détruite en 1818 par une explosion.
Le site choisi, situé dans un méandre du fleuve Charente, très boisé et d’une grande superficie (42 Ha à l’époque, 200 en ce moment, dont 180 clôturés par des frises de barbelés) était particulièrement adapté à l’implantation de la nouvelle poudrerie, (risques d’explosions en chaînes, diminués du fait de la superficie, proximité de l’eau pour alimenter les moulins à eau, abondance de bois pour faire fonctionner le site et effectuer les diverses réparations.)
La construction s’étala de 1821 à 1826, date du début de l’entrée  en production ; à ce moment là, 250 personnes avaient été recrutées dans les environs immédiats. Un bac permettait aux habitants de Fléac (qui étaient nombreux) de traverser la Charente pour se rendre au travail ainsi qu’une passerelle en bois. Entre 1850 et 1851 le Pont de Basseau fut construit pour remplacer le bac insuffisant pour franchir la Charente. Plus tard, la passerelle entre les Planes et la poudrerie fut réalisée pour réduire le temps de trajet des ouvriers de Saint-Yrieix et ceux qui venaient de plus loin (Ruelle, Champnier …) à pied, à vélo ou mobylette ; l’entrée principale située près de la rue de Basseau leur imposait un itinéraire unique et long par le pont  de Saint-Cybard, (en 1918, les effectifs avoisinaient les 20 000 personnes selon certaines sources, 14500 suivant d’autres sources) La passerelle est actuellement fermée du fait de sa vétusté.
Dans la cour d’honneur des canons pendules sont encore visibles aujourd’hui. Ils ont été démontés et remontés à l’identique à deux reprises.

Petits potins de la poudrerie

Honoré de Balzac a été l’hôte à plusieurs reprises du Commandant CARRAUD, entre  1830 et 1834, invité par Zulma Carraud femme du Commandant, amie et confidente de Balzac.
A cette époque, les visites pouvaient durer plusieurs mois, séjours pendant lesquels Balzac s’imprégna de la vie charentaise, ce qui lui permettra d’écrire plus tard « les illusions perdues »

Fabrication de la poudre noire

La poudre noire était fabriquée à partir de nitre (nitrate) ou graphite, charbon de bois (bois d’aulne ou tige de renouée)et soufre broyés par de lourdes meules. (les ouvriers qui travaillaient à cette fabrication étaient couverts de poussière noire)

A Angoulême, les moulins à eau qui entraînaient ces meules se situaient (aux alentours de l’écluse de Thouérat) sur une bande de terrain entre la Charente et un canal en dénivelé (qui permettait l’entraînement de la roue à aube et donc le fonctionnement des meules). Chaque bâtiment contenait 2 meules (au total, 36 meules sur le site)

Les mécanismes des moulins à eau (les « rouets » ou roues dentées) avaient une denture de bois de cormier « les alluchons », partie interchangeable individuellement.

Le bois de cormier, qui permettait le remplacement des dents défectueuses, (ainsi que d’autres pièces de bois) était stocké dans un bassin de trempage en pierres, rappelant les lavoirs ou fontaines de Charente, (toujours présent à ce jour.).

Aujourd’hui subsiste une seule meule.

Cette poudre noire était acheminée sur le lieu de traitement situé à proximité de la passerelle des Planes, grâce à des « gaillottes » sortes de wagonnets poussés manuellement sur « la petite voie Decauville », ( rail étroit.). Une rangée d’ifs protégeait cette voie.

Anecdote

En poussant un wagonnet, la pointe du sabot d’un ouvrier s’est coincée sous le rail, il en a avalé sa «  chique » ; Il était et est encore interdit de fumer sur le site, alors certains ouvriers « chiquaient »

 

Le brûloir

Les déchets de coton poudre étaient détruit dans le brûloir (existe encore aujourd’hui), qui fonctionnait de la manière suivante :

Un brasier était allumé dans un wagonnet circulant sur rail et tracté à distance manuellement par une corde permettant un aller-retour sans danger entre les déchets à brûler et le lieu d’alimentation du brasier.

 

Le lac Vallez

Situé au sud du site, il a reçu des déchets de toute sorte jusqu’à son comblement total une première fois, déblayé complètement il a de nouveau été utilisé. Aujourd’hui il est en phase de dépollution et pour l’instant pas de trace d’ypérite, contrairement aux témoignages donnés.

L’ypérite, liquide aérosol non gazeux, ne présenterait de toute manière pas de danger puisque très dilué. (Propos de chimiste.)

Un autre lac a été creusé à côté de lui pour le remplacer.

Les vélos

Pour limiter les temps de déplacements (distances importantes entre les divers bâtiments), le personnel se déplaçait à vélo sur le site.

Chaque personne qui en avait besoin, se voyait attribuer un vélo immatriculé et en était responsable.

L’entretien des vélos se faisait sur le site par un ouvrier spécialisé en plus de son travail normal.

 

Les sabots

Des sabots de bois (sans fers, ni clous) étaient aussi attribués aux ouvriers. Pour rendre la marche plus confortable, certains d’entre eux les bourraient de paille tressée.

Ces sabots, (ou « bots »), étaient fabriqués sur le site par un sabotier.

Des sabots en caoutchouc (« galoches »), plus tard ont été attribués aux ouvriers qui travaillaient la nitroglycérine. Ces sabots étaient estampillés « poudrerie » et les poudriers n’avaient pas le droit d’entrer avec d’autres sabots du commerce local.

Les chaussures de sécurité antistatiques sont ensuite apparues.

 

Le bois

A une époque, l’entretien de la partie boisée était réalisé par les poudriers eux-mêmes. La direction attribuait à ceux qui le souhaitaient, une parcelle de bois d’où ils pouvaient tirer environ 3 à 4 m3 de bois et autant de fagots qu’ils le voulaient.

 

Anecdote : pour obtenir plus de bois que les quantités autorisées, l’astuce était de faire des fagots composés de gros morceaux de bois au centre et de les entourer de branchages, ainsi on pouvait sortir 600 fagots (un peu spéciaux) qui pesaient plus lourds que les normaux, et qui pouvaient réserver quand même, des surprises au stockage, (effondrement des « balets » plancher des greniers)

 

L’orchestre

Certains ouvriers de la poudrerie qui jouaient d’un instrument de musique, s’étaient regroupés en orchestre. Ils répétaient pendant les temps de pause, souvent à l’heure du repas à côté de la salle de réfectoire.

Tous les mois, ils donnaient un concert dans la cour d’honneur pour le personnel et le directeur qui s’y rendait régulièrement.

Ils se produisaient aussi, à la fête de la Sainte Barbe, organisée en fin d’année par la société des ouvriers poudriers. Un bal était aussi donné à cette occasion.

 

Le suivi médical

Le suivi médical était aussi assuré à la poudrerie par un médecin et deux infirmières.

Chaque employé possédait une carte numérotée, avec photo du service médical, qui servait de laisser-passer à l’intérieur de la poudrerie, mais aussi dans les autres poudreries (Bergerac, Sorgue, ) où les employés se rendaient dans le cadre de leur travail.

 

La salle de déshabillage

Par temps de pluie, les ouvriers avaient à leur disposition, une salle chauffée et ventilée dans laquelle ils pouvaient faire sécher leurs vêtements suspendus sur des cintres, montés au plafond par des cordes.

 

Les femmes

Les femmes dans la poudrerie, ne semblent pas avoir été très nombreuses, sauf pendant la guerre où elles ont remplacé les hommes partis au front.

En 1941, 73 employées étaient dénombrées sur un effectif total de 1402.

Elles travaillaient plutôt aux laboratoires et dans les bureaux.

 

Les consignes à respecter

Le personnel devait respecter des consignes de sécurité rigoureuses. Ex : avant d’entrer dans un atelier les employés évacuaient leur électricité statique à l’aide d’une poignée métallique placée à l’entrée de l’atelier.

 

Propos de poudriers

La poudrerie était une grande famille solidaire à l’intérieur comme à l’extérieur.

486a_DSCN9328.JPG
486b_IMGA4657.JPG

487a_DSCN0007.JPG

LE BOMBARDEMENT

Dans la nuit du 19 au 20 mars 1944, la poudrerie a subi un bombardement, par les « Lancaster » anglais, précédé par des fusées éclairantes (qui éclairaient comme en plein jour et visibles jusqu’à Montbron, d’après les riverains).

Les meules de la poudrerie étaient notamment visées.

Les Anglais avaient reçu un plan de la poudrerie dessiné par Eugène Lesven et transmis par Vic Dupont, avec l’indication des horaires de travail, pour limiter les pertes humaines.

Il semblerait malgré tout, qu’il y ait eu confusion entre le fleuve et la route de Royan parallèles à cet endroit (témoignages des habitants voisins du site), puisque seule une maison, côte sainte Barbe a été complètement détruite.

La poudrerie n’a pourtant pas été épargnée, les toitures ont été soufflées pas les déflagrations et les dégâts importants, mais les meules n’auraient pas été atteintes.

Le personnel informé avait pu évacuer, seule une victime est a déplorer, un ouvrier imprudent revenu sur le site pour chercher son vélo.

LA SECURITE

La Poudrerie possédait son propre service incendie, les pompiers étaient spécialement formés aux risques spécifiques des entreprises pyrotechniques et s’entraînaient régulièrement au sein du site.

Les habitants des Planes se souviennent d’une grosse explosion aux meules qui avait fait des victimes. La description des membres déchiquetés retrouvés dans les arbres, explique le sentiment d’insécurité ressenti par les riverains, pourtant durant l’exploitation sur le site, peu d’accidents très graves sont à déplorer, plutôt moins que dans des entreprises classiques étant donné les règles de sécurité appliquées.

Celles-ci sont de rigueur encore aujourd’hui  pour le personnel, les visiteurs et les intervenants extérieurs, bien que les risques ne soient plus les mêmes.

D’autres explosions entendues étaient le fait d’essais organisés sur les produits et productions, mais non dangereux pour le voisinage ou le personnel.

Les ouvriers qui travaillaient sur le site ne semblaient pas perturbés.

AUJOURD’HUI

Le démantèlement des ateliers de fabrication est complètement terminé. Reste la démolition des bâtiments à réaliser.

La poudrerie ne compte plus que 60 personnes chargées de l’administration et de la dépollution de la terre du site, alors qu’il y avait en 1918 : 20 000 personnes, en 1941 : 1400, en 1990 : 500.

Le site qui devrait être réhabilité en 2014, fait l’objet de projets de la part de la COMaga.